Jouer en duo

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Duo PianissimoJouer en duo n’est pas simple. En novembre dernier j’ai répondu à une interview en anglais sur le blog « All Piano » : vous allez voir que si jouer à deux n’est pas simple du tout mais très intéressant !

Voici la traduction française de cette interview

AP: Qu’est ce qui vous a attiré au repertoire en duo?

JV: Mon partenaire en duo est également mon partenaire dans la vie. Etant un couple de pianistes, nous étions naturellement attiré par le répertoire en duo, probablement pour pouvoir partager encore plus d’émotions ensemble. Dès nos premières heures de travail en tant que duo nous nous sommes rendu compte que nous avions beaucoup d’idées en commun, que nous pouvions nous comprendre et nous compléter musicalement, ce qui n’est pas toujours facile à trouver chez un partenaire en musique de chambre. C’est ainsi qu’après nos premiers concerts et nos premières expériences nous avons décidé de continuer à jouer ensemble sérieusement et avons créé le Duo Pianissimo.

AP: Avez vous une oeuvre préférée ou un compositeur de prédilection?

JV: C’est une question difficile pour n’importe quel musicien. Nous n’avons pas « une » oeuvre préférée, nous jouons en général des pièces que nous aimons beaucoup, donc il est difficile de dire laquelle nous apprécions le plus. Jusqu’à maintenant je dirais que « notre » oeuvre de prédilection est la Rhapsodie Espagnole de Ravel parce qu’elle représente parfaitement notre duo: une oeuvre de caractère espagnol écrite par un compositeur français – Daniel est espagnol et je suis française. D’autre part, c’est un chef d’oeuvre tout en harmonies et couleurs extraordinaires, et toujours la garantie d’un accueil chaleureux du public.

AP: Interprétez vous toujours la partie primo ou alternez-vous avec votre partenaire? Votre répertoire est-il à deux pianos ou à quatre mains?

JV: Jusqu’à maintenant nous n’avons pas eu la chance de pouvoir jouer à deux pianos car, avant tout, nous avons besoin de deux pianos pour travailler, ce qui n’est pas toujours facile à trouver. De toutes façons les organisateurs de concerts se plaignent déjà de devoir louer un piano, imaginez les commentaires si nous en demandons deux! C’est pourquoi nous n’avons pas encore commencé à apprendre ce répertoire en particulier, mais cela reste bien sûr dans nos projets. Dans nos programmes à quatre mains, nous alternons pour avoir la sensation et l’expérience de jouer les deux parties, cela aide à mieux comprendre ce que l’autre doit faire.

AP: Quelle est votre méthode de travail en duo? Apprenez vous les oeuvres ensemble dès le début? Comment travaillez vous l’homogénéité du jeu? Avez vous un professeur?

JV: Nous apprenons toujours les oeuvres ensemble dès le début. Notre idéal est que cela  sonne comme s’il n’y avait qu’ un seul pianiste, et je ne connais aucun pianiste professionnel qui commencerait à apprendre une nouvelle pièce en jouant les mains séparées. Tout doit devenir un réflexe, ce qui demande de nombreuses heures de travail commun. Pendant un concert, il faut être capable de gérer n’importe quel accident, par exemple les problèmes en tournant les pages… Nous travaillons normalement les oeuvres en détails, au début très lentement pour régler les problèmes de doigtés compliqués, de pédale, ou fixer les arrangements que nous créons pour rendre certains passages plus pratiques d’exécution -souvent, les compositeurs ont l’air de s’amuser à faire croiser les mains dans des positions biscornues ou faire répéter la même note par les deux pianistes… Ensuite, nous devons sécuriser les endroits ou il y a le risque de ne pas jouer ensemble (par exemple les accords), nous avons de différentes manières de régler ces problèmes. Enfin, dès que tout ces problèmes techniques sont réglés, nous nous concentrons sur le phrasé et l’interprétation de l’oeuvre. Bref, tout cela prend du temps!

Nous n’avons pas de professeur actuellement mais nous avons reçu au départ les conseils de Rolf Plagge, un excellent pianiste qui enseigne au Mozarteum de Salzburg, qui est lui-même membre du Duo Queen Elizabeth qu’il a créé avec Wolfgang Manz. Il a donc beaucoup d’expérience de ce répertoire et nous a appris les bases essentielles du travail en duo qui n’a rien à voir avec le piano solo.

AP: Quels problèmes avez-vous qu’un pianiste soliste ne rencontrerait pas?

JV: Comme je le disais plus haut en mentionnant les réflexes, le plus difficile du piano à quatre mains est la coordination. Beaucoup de gens pensent que jouer en duo est plus simple qu’en solo parce qu’on a la partition. Ce n’est pas le cas, et j’aurais même tendance à penser que c’est en fait plus compliqué que le piano solo: on n’est pas seul, quoique l’on fasse (positivement et négativement parlant) peut influencer le partenaire, à l’opposé du piano solo où l’on a plus de liberté. La partition est d’une grande aide mais personnellement je ne lis pas vraiment le texte parce qu’il vaut mieux déjà le connaitre par coeur. Je lis en général quelques annotations que nous écrivons pour l’interprétation d’une oeuvre ou pour des passages dangereux qui demandent beaucoup d’attention. Un concert exige une grande concentration, on ne peut pas se laisser aller un instant.

AP: Avez-vous des conseils que vous aimeriez donner à d’autres duos de pianistes?

JV: De nombreux pianistes veulent jouer le répertoire en duo avec un ami pour un concert, et certains pensent à abandonner leurs projets de pianiste soliste pour créer un duo car c’est soi-disant plus facile et moins stressant. Ce n’est qu’une première impression! Bien sûr, n’importe quel pianiste professionnel peut trouver un partenaire et jouer pour le plaisir. A mon avis, si l’on veut être professionnel dans ce registre, c’est aussi difficile que le piano solo, requiert les mêmes heures de travail ou même plus. Par exemple, si l’on a un passage difficile, on ne peut pas se contenter de le travailler comme si on devait le jouer seul et aller le vérifier une ou deux fois avec le partenaire pour voir si ça fonctionne. Le travail doit être fait très en détails, sinon l’auditeur pourra se rendre compte de n’importe quel décalage. Il faut aussi trouver des mouvements ou des signes pour assurer l’homogénéité. Je recommande également de discuter ensemble des problèmes d’interprétation, plutôt que de laisser l’un des deux décider et tout imposer à l’autre. Après tout, une interprétation en duo est la création et l’expression de la sensibilité de deux musiciens – c’est bien ce qui en fait son intérêt et son charme.

AP: Dites-nous quand serons vos prochains concerts. Avez vous le projet de réaliser un CD?

JV: Nos prochains concerts seront à Bollullos del Condado (Huelva, Espagne) le 1er décembre, en mars 2010 à Paris et au Festival Cziffra de Unieux puis en septembre 2010 à Cannes. Nous avons des projets de concerts au Mexique et à Dubai mais ce n’est pas encore confirmé. Nous n’avons pas encore le projet de réaliser un CD car j’étudie encore un Master de piano solo au Mozarteum de Salzburg, Daniel travaille comme professeur et doit préparer prochainement des examens très importants, nous n’avons donc pas encore eu le temps. Par contre, nous avons de nombreux enregistrements live de nos concerts.

AP: Merci, Justine, de nous avoir consacré votre temps et nous avoir amené à connaitre la vie quotidenne du Duo Pianissimo.

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Vive le Mozarteum

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J’ai participé à une vidéo de promotion de notre département il y a deux ans et elle était restée caché sur le site du Mozarteum.
Nous avons réussi à la récupérer et à la mettre sur YouTube – avec l’autorisation du Pr Kaufmann bien entendu !
Je suis contente de vous la montrer car vous allez constater que nous travaillons dans de très bonnes conditions depuis que le nouveau Mozarteum est ouvert : les bâtiments sont modernes et beaux, les équipements de très bonne qualité et le cadre, avec vue sur les Jardins Mirabelle, en plein centre ville, est merveilleux !

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Le pianiste ou le voyageur solitaire

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Quelques réflexions sur la vie de pianiste…

Je suis actuellement à Cologne où je suis venue pour quelques cours avec Pavel Gililov, mon professeur à Salzbourg qui enseigne parallèlement dans ces deux villes.

C’est une belle métropole, sûrement riche en activités des plus énivrantes:  parcs, monuments, musées à foison, des Brauhaus (bars à bière), restaurants et clubs  à chaque coin de rue… il n’y vraiment pas de quoi s’ennuyer. Mais je suis dans ma chambre, avec Internet, qui durant les premières heures de mon séjour ne fonctionnait pas, ce qui a bien failli me faire commettre un geste fatal !

Si je ne connais personne dans cette ville, comment pourrais je bien profiter correctement de la vie nocturne d’un samedi soir?

Je ne suis pas ici pour le tourisme mais pour recevoir des cours, donc il est logique que pendant la journée j’accomplisse les heures indispensables devant l’autre clavier : j e ne peux donc pas aller flaner au musée, à la cathédrale ou dans les 12 églises romanes qu’offre cette ville, mon activité ne me le permet pas. Par contre le soir serait un bon moment pour se détendre, pour sortir… toute seule ?  Mon seul compagnon de voyage est ce bon vieux Frédéric ( Chopin ) ! Heureusement qu’il est là dès que j’ai besoin de conversation spirituelle…
Cette petite experience m’a fait penser à une remarque qu’avait fait il y a de nombreuses années François-René Duchable au tout début d’une master-classe, en accueillant les élèves: « Vous voulez tous être pianistes concertistes? Laissez tomber, c’est déprimant ».
Mais c’est la triste réalité quand on y songe: non seulement il faut s’exercer tout seul devant son piano 6 à 8 heures par jour, mais une tournée de concerts, cela signifie un avion tout les deux jours, le même concerto ou les mêmes oeuvres à répéter 10 ou 20 fois, et satisfait ou non du concert, on le célèbre de toutes manières tout seul dans sa chambre d’hôtel.
Et quand je pense au nombre de jeunes pianistes qui rêvent de cette vie! Bien sur, jouer le 2ème concerto de Brahms avec la Philarmonie de Berlin doit être une experience intense et somptueuse, mais c’est le résultat d’un sacrifice bien plus difficile que les heures d’études.

Si la vie sociale est compliquée, alors je ne parle pas de la vie de famille…

Ces pauvres ermites que sont les pianites doivent donc trouver un réconfort à leur manière, et j’imagine que l’inspiration leur vient de ces sentiments si bien représentés par nos chers compositeurs: la fatalité de Beethoven, le « Wanderer » solitaire de Schubert, la schizophrénie de Schumann, la nostalgie et le mal du pays de Chopin, la fierté de Liszt (sentiment fort répandu chez les pianistes), la mélancolie de Brahms, et je ne parle pas de nos chers russes Rachmaninoff et Scriabine et Tchaikovsky dont l’âme slave est par définition pathétique.

Sans doute  la condition de pianiste concertiste n’ existe-t-elle   que pour que quelqu’un au monde arrive à tous mieux les comprendre…

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